Origine

LE GIER D'HIER A AUJOURD'HUI  par J.Pierre FAURE.

A notre époque où l'homme s'éloigne de plus en plus de la nature dans son travail et aussi dans son mode de vie, il est normal que par contre-coup il se retourne un  peu vers son passé et ses racines, ne serait-ce que pour se replonger dans un contexte familier qui peut lui permettre de se situer lui même dans le monde d'aujourd'hui, si complexe.

Tout être vivant a un passé qui a conditionné sa forme actuelle et ses facultés reproductrices (génétique). Connaître ce passé et son évolution, surtout pour les souches modifiées par l'homme, est intéressant et enrichissant pour celui qui les élève. C'est pourquoi nous allons essayer de remonter un peu le temps avec notre Gier.

Le Gier est d'abord une rivière. Elle descend du Mont Pilat, Traverse les centres industriels de St Chamond, Grand Croix, Rive de Gier, pour aboutir à Givors ou elle se jette dans le Rhône, à 20 Km au sud de Lyon.

Depuis fort longtemps, bien avant 1900 puisqu'elle était déjà fixée dans ce temps là, il existait une race de pigeon sélectionnée par les nombreux éleveurs de cette région, et aussi par les fermiers des montagnes alentour, les Monts du Lyonnais et même jusqu'à la limite du Forez.

Il semble, d'aprés d'ancien textes se raportant aux origines de la race, que les variétés de couleur Bleu, Biche, Agate et Rosé aient été sélectionnées plutôt dans la région de St Chamond. La vallée du Gier et St Etienne, donc en zone urbaine et industrielle, où l'élevage du voyageur était important. Je me souviens qu'enfant, j'avais été émerveillé par la beauté des coloris, la vigueur des voyageurs qu'un oncle possédait par centaines dans de magnifique colombier-tour aux environs de St Etienne. Je crois bien que ces tons pastels étaient les même que l'on peut admirer sur nos Gier d'aujourd'hui et que c'est là que j'ai contracté un certain virus ...

La variété Religieux, à tête blanche et couteaux blancs tranchant sur le reste du corps coloré en Bleu, Biche, Noir ou Rouge... était plutôt répandu dans les monts avoisinants, en raison de sa vigueur et de sa rusticité, propices à l'élevage fermier. Je cite ici Mr CALEMARD, de St Etienne créateur du Cou Nu du Forez et amateur de Giers :

''Après 1920 environ, ... les jours de marché, j'allais voir les paysans place du Peuple, qui vendaient des volailles vivantes, et j'ai trouvé pour 3 ou 4 F pièce de très jolis Giers, dont des Religieux Noirs, des Bleus et même des Jaunes. Ces reproducteurs venaient des Monts du Jarez, c'est à dire de St Symphorien sur Coise, Chazelles sur Lyon et alentours.''

Tit

L'aire d'origine du Gier est bien localisée dans le département de la Loire, à la limite du Rhône, et parfaitement délimitée. (voir carte ci-joint)

Les premiers Giers dont il est fait mention dans une exposition furent présentés en 1902 à Lille par un amateur, Mr VANDERCOLME, qui donna à leur juge, Mr WAQUEZ, des renseignements dur leur origine et sur la race. Le 27 Janvier 1903 parut dans ''l'Aviculture Français'' la toute première publication sur le Gier, dénommé alors ''le Mondain du Gier''.

A cette époque, Mr Robert FONTAINE était président du Pigeon-Club Français. Il s'intéressa vivement à cette nouvelle race et, avec des sujets et des renseignements fournis d'abord par Mr VERNAY, de Chazelles puis par Mr THIZY de St Romain en Gier, il établit le premier standard qui donna son nom à la race : le Gier. Ce Standard fut publié en juillet 1909. Il reconnaissait quatre variétés principales : le Bleu, le Biche, l'Agate et le Rosé ou Lyonnais. Il en donnait une description trés détaillé avec de nombreux termes techniques locaux prouvant que les éleveurs de la race y avaient largement collaboré. (Est ce le cas aujourd'hui ?). Le Religeiux était aussi mentionné rapidement, en Bleu, Bleu écaillé, Rouge et Noir, ces deux derniers ayant la préférence des amateurs d'alors.

Par la suite, la guerre de 1914 porta un mauvais coup à notre favori. Il disparut pratiquement des zones urbaines, victime des restrictions. Heureusement, il en restait encore dans la montagne. Des éleveurs se remirent au ''travail'' avec persévérence. Citons Mr FONTAINE, MEIGNON, ROUSSET et MARTHORAY qui obtint enfin en 1930 le Grand Prix d'Honneur à St Chamond avec des Religieux noir puis en 1933 et 1934 avec des Agates.

La seconde guerre mondiale fut moins désastreuse pour nos pigeons. Il fallut néanmoins repartir de bien peu pour relancer la race. Citons là des éleveurs comme Mr MARTHORAY toujours, BARLON, GUILLERME, MAGAN et MONTAGNE qui n'exposait pas moins de 5 Variétés de religieux à St Chamond en 1951.

Jusqu'en 1960, la race s'est trés peu répandue en dehors de son aire d'origine, jalousement conservée par ses éleveurs, qui ne cédaient des sujets q'avec parcimonie à des rares privilégiés. Les 4 variétés dites ''pricipales'' ont été à peu près constatement présentes dans les expositions régionales en nombres relativement restreint d'ailleurs. Mais par contre, les religieux ont régressé en nombre jusqu'à disparaître complètement après 1970, qu'on en juge :

- St Chamond     1951 :    56 Giers dont       26 Religieux

- St Etienne        1954 :    54 -------------       12 -----------

- St Etienne        1957 :    60 -------------       20 -----------

- La Talaudière  1961 :    14 -------------       14 ------------

- St Etienne        1969 :    50 -------------       0 -------------

- St Chamond     1970 :    80 -------------       0 -------------

On peut argumenter sur les causes de cette disparition, mais sans aucun doute une des principales a été la modernisation de l'agriculture. Le changement de type d'exploitation a éliminé nombre de races régionales à aire géographique limitée. N'oublions pas que les Religeiux était avant tout un pigeon fermier. Il est certain aussi que, pour qu'une race se perpétue, ses éleveurs doivent céder des reproducteurs valables en nombre suffissant. Il faut enfin qu'elle ait un standard précisément établi, ce qui n'était pas le cas et ne l'est toujours pas d'ailleurs.

A partir de 1970, on constate un renouveau pour les 4 variétés sauf peut être le Biche qui reste assez rare. De nouveaux éleveurs sont apparus et l'état d'esprit a changé ... Pour les Religieux, par bonheur pour lui, quelques passionnés de Giers n'ont pas voulu que cette belle variété disparaisse et sont parvenus à lui redonner un élan salutaire qui semble se poursuivre actuellement. Citons là Mr MARTIN, Malheureusement décédé trop tôt et sans qui nous n'aurions plus de Religieux.

 

Voila une histoire qui pourrait s'intituler ''les tribulations d'une race qui a la vie dure''. Mais chacun sait que l'on s'attache d'autant plus à ce que l'on a failli perdre, et c'est bien le cas pour notre beau pigeon.

 

Source : 1 er Bulletin d'Information (Janvier 1986)

 

 

 

 

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